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L'UNION DEMOCRATIQUE BRETONNE, UN PARTI AUTONOMISTE DANS UN ETAT UNITAIRE

 

Jeudi 4 et vendredi 5 avril 2013, IEP de Rennes, Amphi Lanjuinais

 

 

Jeudi 4 avril 2013

Vendredi 5 avril 2013

 

 

Jeudi 4 avril 2013, l'UDB dans la famille des partis ethnorégionalistes en Europe

 

 

9h00 : Accueil des participants :


 9h30 : Introduction générale :

Tudi Kernalegenn et Romain Pasquier

 

10h00-12h00 : Introduction théorique :

Président de séance : Ronan Le Coadic

– Lieven de Winter : Les partis ethnorégionalistes en Europe – bilan des connaissances
– Julien Fretel : Quelle théorie gît dans les petites formations politiques ? Réflexions sur l’apport heuristique des analyses d’échantillons partisans
– Romain Pasquier : Régionalisme et compétition politique en France

 

L’UDB au prisme de la comparaison

 

13h30-15h00 : Session 1 : Étudier les régionalismes en Europe :

Président de séance: Lieven de Winter

– Luc Boeva & Tom Cobbaert : La recherche scientifique en péril : l’état des sources archivistiques des mouvements nationaux et régionaux en Europe et le cas français de l’UDB
– Margarita Gómez-Reino : Autonomie et gauche : une comparaison entre le BNG et l’UDB
– Carlo Pala : Sardaigne et Bretagne, UDB et PSdAZ : deux façons différentes de modifier la polity ethno-régionale

 

15h30-17h00 : Session 2 : L’espace politique du régionalisme en France ::

Président de séance: Julien Fretel

– Tudi Kernalegenn : Régions et Peuples Solidaires, un parti pour les minorités ?
– Thierry Dominici : Les relations entre l’UDB et le PNC
– Lontzi Amado : Au-delà du mimétisme régionaliste : étude comparative entre l’Union Démocratique Bretonne et Abertzaleen Batasuna et leurs espaces de mouvements sociaux

 

17h00-18h30 : Table-ronde : L’UDB : 50 ans d’histoire:

Président de séance: Christian Bougeard et Romain Pasquier

– Ronan Leprohon: L’essor d’un parti : l’UDB dans les années 1960 et 1970
– Herri Gourmelen : L'UDB et les années Mitterrand.
– Christian Guyonvarc’h : L’UDB entre revendications et institutions : les années 2000 et 2010
– Paul Molac : L’UDB à l’Assemblée nationale
– Mona Bras : L’UDB et les femmes

 

Vendredi 5 avril 2013: L’UDB dans la société bretonne :

 

L’UDB, acteur social et culturel

 

9h00-10h45 : Session 3 : L’UDB dans les mouvements sociaux:

Président de séance: Érik Neveu

– Erwan Chartier : L’UDB et la question de la violence politique
– Gilles Simon : La subversion des catégories d’un parti politique : le cas de l’UDB face à la nouvelle question de l’atome civil (1974-1981)
– Vincent Porhel : L’Union démocratique bretonne et les luttes sociales : un rendez-vous manqué ?

11h15-12h30 : Session 4 : L’UDB et la défense des langues régionales:

Président de séance: Michel Nicolas

– Cédric Choplin : Auteurs bretonnants engagés et compagnons de route de l’UDB
– Mannaig Thomas : La poésie engagée-enragée des écrivains de l’UDB (1967-1974)

 

L’UDB, acteur politique et idéologique


13h30-15h00 : Session 5 : L’UDB et l’espace politique breton:

Président de séance: Gilles Richard

– Martin Siloret : L’Union démocratique bretonne et l’écologie politique (années 1970 – années 1990)
– François Prigent : L’UDB et les réseaux socialistes
– Jean Guiffan : L’UDB et les élections municipales

15h00-16h00 : Session 6 : L’UDB, acteur idéologique:

Président de séance: Jacqueline Sainclivier

– Jean-Jacques Monnier : Le rôle de la mouvance UDB dans le mouvement de décentralisation administrative et culturelle (1964-1986)
– Michel Nicolas : L’UDB, ou le résistible dépassement du syndrome de Cassandre

 

 

 

16h00 : Fin du colloque 


 

 

Appel à communication

 

 

Créée en 1964, l’Union Démocratique Bretonne (UDB) est un des plus anciens partis français (après le Parti radical, le PCF et le CNIP). C’est le plus ancien parti « régionaliste » en France (si l’on excepte ERC et le PNV, qui n’ont pas été créés en France). Présente dans les institutions depuis les années 1960 (avec un premier élu dès 1965 au Guilvinec, 78 élus municipaux revendiqués en 2008), l’UDB dispose même d’un groupe au Conseil Régional de Bretagne depuis 2004 (avec 3 élus, puis 4 depuis 2010, obtenus en alliance avec Les Verts, puis Europe Écologie – Les Verts). Présente dans les mouvements sociaux et sur le terrain, l’UDB a disposé à plusieurs moments de son histoire d’un nombre non négligeable de militants (2000 en 1980, à son apogée, par exemple selon Nicolas, 2007, p. 273 ; et encore 720 en 2004, selon Pasquier, 2004, p. 119). Pourtant, l’UDB reste aujourd’hui un parti largement méconnu avec peu de travaux spécifiques à lui être consacrés. À l’occasion des cinquante ans de l’UDB il convient de faire le point de nos connaissances sur ce parti, de poser les bases d’un savoir académique sur le principal parti autonomiste breton, tout en interrogeant d’une part l’impact de ses idées (et tout particulièrement de sa revendication autonomiste) et de ses actions dans la société bretonne, et d’autre part son échec électoral, et en inscrivant le parti dans une mouvance française et européenne.
Scission de gauche du Mouvement pour l’Organisation de la Bretagne (MOB), l’UDB affirmera tout au long de son histoire cet ancrage à gauche, établissant des relations privilégiées successivement avec le PCF, le PS puis les Verts. Elle n’est pas sans connaître un certain succès dans la diffusion de ses idées, notamment grâce à son journal Le Peuple Breton, qui tire à 4 000 exemplaires en 1968, 15 000 en 1978 et encore 6 000 en 2004 (Nicolas, 2007, p. 274 ; Pasquier, 2004a, p. 120). Mentionnons ainsi le slogan « Bretagne = colonie » (titre d’une brochure de l’UDB de 1971). Les succès électoraux ne sont toutefois pas au rendez-vous, les candidatures UDB faisant en moyenne, et de manière globalement constante au fil du temps, entre 2% (pour les législatives) et 5% (pour les cantonales) (Nicolas, 2007 ; Pasquier, 2004a ; Monnier, 1998).
Étudier l’UDB va bien au-delà de l’intérêt monographisant pour un petit parti durable. Un colloque consacré à l’UDB permettra, nous l’espérons, de mieux comprendre également la société bretonne, et notamment d’éclairer le paradoxe breton d’une capacité politique indéniable (Pasquier, 2004b), d’une culture fortement différenciée (Collectif, 2004), d’une identité forte longtemps négative (Élégoët, 1980), mais aujourd’hui assumée voire revendiquée (Le Coadic, 1998), d’une aspiration forte à une décentralisation renforcée (y compris avec un pouvoir législatif et fiscal régional, cf. Cole, 2006, p. 115), alors que le parti à exprimer le plus fortement cette spécificité bretonne reste marginal électoralement. Ce qui distingue fortement la Bretagne par rapport aux autres régions européennes témoignant d’une spécificité similaire (tels que le Pays de Galles ou la Galice par exemple). Ce colloque permettra donc également d’enrichir la littérature sur les partis ethno-régionalistes (de Winter et Türsan dir., 1998 ; de Winter, Gomez-Reino, Lynch dir., 2006), et plus globalement sur le phénomène régionaliste. Enfin, comprendre l’insuccès électoral de l’UDB permettra d’interroger et de mieux comprendre, espérons-nous, le système politique français où, en dehors de la Corse, les partis régionalistes sont globalement faibles, où la politique partisane elle-même semble être peu régionalisée trente ans après les lois de décentralisation, voire de questionner le rapport de la société française à la question régionale et à la diversité territoriale.

 

Le colloque s’articulera autour de quatre axes principaux :

 

1) L’UDB dans l’histoire politique bretonne


Les communications de cet axe s’attacheront à analyser l’histoire de l’UDB et/ou son inscription dans l’histoire de la Bretagne. Des périodes de crise (crises gauchistes du début des années 1970, scission de Frankiz Breizh en 1984) aux périodes d’essor (années 1968, deuxième partie des années 1970, années 2000), l’histoire de l’UDB apparaît tourmentée. Les monographies sur une période sont la bienvenue, de même que les analyses transversales sur une thématique ou un enjeu particulier (l’UDB face aux élections, l’UDB dans les mouvements sociaux, l’UDB dans les institutions, etc.). Les propositions sur l’histoire interne et le fonctionnement de l’UDB ou sur les organisations liées à l’UDB (ex : Frankiz Breizh) sont aussi la bienvenue.

 

2) L’UDB dans la société bretonne


Nous nous attacherons ici à comprendre l’inscription de l’UDB dans une société dont elle se souhaite la représentante. Nous attendons ici des propositions analysant les relations de l’UDB avec les autres acteurs sociaux (autres partis politiques en Bretagne, syndicats, monde associatif, etc.) ou avec le monde environnant (ex. : l’UDB et les médias). Nous souhaiterions aussi ici des communications proposant une sociologie ou socio-histoire de l’UDB : analyse des militants de l’UDB (et de leurs élus, sympathisants et électeurs), focalisation éventuelle sur les jeunesses de l’UDB (des Jeunesses Progressistes de Bretagne à UDByaouank), filières d’adhésion et trajectoires, inscription sociale et territoriale des réseaux du parti (notamment l’implantation sociologique et géographique de l’UDB), etc.

 

3) L’UDB : région, fédéralisme et autonomie


Parti de gauche, proche successivement des mouvances communiste, socialiste puis écologiste, l’UDB n’en développe pas moins une idéologie originale qui mérite d’être étudiée. Nous attendons donc ici des propositions se proposant d’analyser cette idéologie, de manière éventuellement thématique (l’UDB et la question agricole, l’UDB et la langue bretonne, l’UDB et l’Europe, etc.) ou comparative (avec d’autres partis régionalistes ou des partis « traditionnels »), mais aussi les modalités de son élaboration, de sa diffusion et de sa réception.
Les revendications culturelles et institutionnelles sont au cœur de l’identité de l’UDB et méritent un traitement spécifique en questionnant l’actualité d’un projet autonomiste en Bretagne au XXIème siècle. Des communications s’interrogeant de manière plus large ou plus théorique sur l’impact des partis régionalistes, fédéralistes et/ou autonomistes en France, ou encore interrogeant les aspirations à un pouvoir régional renforcé au sein de la population en Bretagne et en France sont tout à fait pertinents ici.

 

4) L’UDB et les régionalismes en France et en Europe


Enfin, dès les années 1970 l’UDB a travaillé à s’inscrire dans des dynamiques internationales, dans des réseaux internationaux. Initiatrice de la Charte de Brest en 1974 avec l’Unión do Pobo Galego et l’Irish Republican Movement, elle s’inscrit en 1987 dans l’Alliance Libre Européenne, puis participe en 1994 à la création de Régions et Peuples Solidaires. Nous attendons donc ici des propositions sur l’inscription supra-bretonne de l’UDB ou des comparaisons de l’UDB avec des organisations similaires dans d’autres régions, en France, en Europe, dans le Monde.

 

Propositions de communication :


Les propositions devront être envoyées, par email, aux organisateurs avant le 30 septembre 2012. Chaque présentation comprendra : un titre et une présentation (400 mots maximum) donnant à voir à la fois la problématique et le travail de terrain fait ou envisagé. Un court CV accompagnera la proposition de communication.

 

Bibliographie :


Chartier (Erwan), Larvor (Ronan), 2002 : La question bretonne. Enquête sur les mouvements politiques bretons, Plougastell-Daoulaz : An Here.

Cole (Alistair), 2006 : Beyond devolution and decentralisation. Building regional capacity in Wales and Brittany, Manchester : Manchester University Press.

Collectif, 2004 : Toutes les cultures de Bretagne, Morlaix : Skol Vreizh.

De Winter (Lieven), Gómez-Reino (Margarita), Lynch (Peter) dir., 2006 : Autonomist Parties in Europe. Identity Politics and the Revival of the Territorial Cleavage, Barcelona : ICPS.

De Winter (Lieven), Türsan (Huri) dir.,1998 : Regional parties in Western Europe, London & New York : Routledge.

Dominici (Thierry), 2005 : « Analyse de la dimension politique ethno-régionaliste en France. Approche comparée des cas breton et corse », in Delwit (Pascal) dir., Les partis régionalistes en Europe. Des acteurs en développement ?, Bruxelles : éditions de l’Université de Bruxelles.

Dulong (Renaud), 1975 : La question bretonne, Paris : FNSP / A. Colin.

Élegoët (Fañch), 1980 : « L’identité bretonne : notes sur la production d’une identité négative », Pluriel n°24, p. 43-53.

Fournis (Yann), 2006 : Les régionalismes en Bretagne. La région et l’État (1950-2000), Bruxelles : Peter Lang.

Kernalegenn (Tudi), 2005 : Drapeaux rouges et gwenn-ha-du. L’extrême-gauche et la Bretagne dans les années 1970, Rennes : Apogée.

Le Coadic (Ronan), 1998 : L’Identité bretonne, Rennes : Terre de Brume / PUR.

McDonald (Maryon),1989 : We are not French ! Langage, Culture and Identity in Brittany, London, Routledge.

Monnier (Jean-Jacques), 1998 : Histoire de l’Union Démocratique Bretonne, Lannion : Presses Populaires de Bretagne.

Nicolas (Michel), 1982 : Histoire du mouvement breton, Paris : Syros.

Nicolas (Michel), 1986 : Le séparatisme en Bretagne, Brasparts : Éditions Beltan.

Nicolas (Michel), 2001 : Bretagne, un destin européen, Rennes : PUR.

Nicolas (Michel), 2007 : Histoire de la revendication bretonne, Spézet : Coop Breizh.

Nicolas (Michel), 2012 : Breizh, la Bretagne revendiquée, Morlaix : Skol Vreizh..

Pala (Carlo), 2008 : « I partiti etnoregionalisti in Italia e in Francia: il caso dell’Union Démocratique Bretonne (UDB) e del Partito Sardo d’Azione (PSdAZ) », thèse de doctorat sous la direction du Pr. Fulvio Venturino, Université de Florence.

Pasquier (Romain), 2004a : « L’Union Démocratique Bretonne ou les limites de l’expression partisane autonomiste en Bretagne », Pôle Sud n°20.

Pasquier (Romain), 2004b : La capacité politique des régions. Une comparaison France/Espagne, Rennes : PUR.

Pasquier (Romain), 2006 : « The Union Démocratique Bretonne : the Limits of Autonomist Expression in Brittany », in

De Winter (Lieven), Gómez-Reino (Margarita), Lynch (Peter) dir., 2006 : Autonomist Parties in Europe. Identity Politics and the Revival of the Territorial Cleavage, Barcelona : ICPS.

Schrijver (Frans), 2006 : Regionalism after regionalisation : Spain, France and the United Kingdom, Amsterdam : Amsterdam University Press.

 

 

Résumés des communications

 

 

Lontzi Amado

Luc Boeva & Tom Cobbaert

Erwan Chartier

Cédric Choplin

Thierry Dominici

Jean Guiffan

Tudi Kernalegenn

Jean-Jacques Monnier

Michel Nicolas

Carlo Pala

Romain Pasquier

Vincent Porhel

François Prigent

Martin Siloret

Gilles Simon

Mannaig Thomas

 

 

1. Thierry Dominici, docteur en science politique, membre associé du CMRP, Bordeaux IV : Les relations entre l’UDB et le PNC
L’objet de ma communication consistera à mettre en lumière les liens entre les formations autonomistes que sont l’UDB et le PNC. Aujourd’hui, au regard des dernières élections (européennes et régionales), ces deux appareils sont les plus représentatifs de cette famille politique sur l’échiquier politique français. Tous deux agissent et interagissent sur l’ensemble des formations entendant pratiquer un nationalisme légal tournée uniquement vers l’élection. Mais peut-on relever des liens et/ou des alliances stratégiques entre ces deux formations?
C’est l’idée de ma communication. En effet, je pense entre en mesure de souligner le fait qu’il existe un rapport idéologique et des échanges stratégiques entre ces deux partis politiques. Pour ce faire, je tenterai démontrer l’importance que revêt ce phénomène de rapprochement dans la construction du projet politique du PNC et de l’UDB, par exemple en tant qu’appareil. Je monterai, que depuis une dizaine d’années, on peut relever des stratégies communes (programmes, projets de sociétés et surtout linkages électoraux). Que certaines d’entres-elles sont fondées sur des réalités électives entraînant une coopération programmatique commune (comme par exemple, la direction et le discours idéologique du regroupement R&PS sur le plan national). Que ce rapport apparaît également dans le cadre de certaines filiations idéologiques commune au deux formations (comme par exemple, les alliances au sein de l’ALE-les verts sur le plan européen) permettant une distanciation avec la famille indépendantiste. Et enfin, que ce lien émane aussi d’un positionnement identique sur le plan des clivages politiques (comme par exemple les soutiens aux écologistes et aux partis nationaux de gauches).
L’originalité de ma communication consiste à étudier cette comparaison en regardant comment le PNC échafaude cette relation avec l’UDB.
Dès lors, l’un des points d’achoppements de ma communication résidera dans l’utilisation de matériaux inhérents au PNC. En effet, je propose une lecture basée sur des documents d’archives relatifs aux discours idéologiques et programmatique du PNC (organe de presse, tracts électoraux, comptes rendus de meetings, etc..), sur des documents internes au PNC (assemblées générales, enquêtes, rencontres entres certains acteurs ou élus des deux formations, etc..) et d’apporter, également, un regard plus d’actualité en réalisant pour l’occasion des interviews et des entretiens avec questionnaires des membres clés et certains militants de ce groupe politiques (dont une grande partie a été déjà réalisée).

 

2. Luc Boeva & Tom Cobbaert, historiens et archivistes, ADVN, Anvers : La recherche scientifique en péril : l’état des sources archivistiques des mouvements nationaux et régionaux en Europe et le cas français de l’UDB
La recherche scientifique, surtout historiographique, sur les mouvements nationaux et régionaux, peut être gravement entravée par l’indisponibilité et l’état des sources produites par les organisations et sociétés (partis politiques) et les personnes qui en sont issues.
En raison de leur origine et de leur histoire, les sources relevant de ces mouvements sont particulièrement exposées à de nombreux risques. En règle générale, les mouvements nationaux sont très hétérogènes dans leur composition et n’ont généralement pas de direction centrale, de sorte qu’ils ne disposent pas, le plus souvent, d’un dépositaire central pour leurs archives et leur documentation. Ainsi, les sources créées par les mouvements nationaux se trouvent dans leurs structures intermédiaires et chez les personnes qui leur sont liées : elles ont été constituées par des organisations privées et des particuliers. Aucune disposition juridique n’a donc été prévue pour transférer ces sources à des archives officielles. En outre, leur statut relevant du droit privé exige des instituts d’archives spécialisés dans la prospection et la collecte de ce type de documents. Dans certains cas, les détenteurs de ces archives ont œuvré plus ou moins longtemps dans la clandestinité. Dans d’autres cas, les autorités n’ont manifesté aucun intérêt pour ces sources, parfois même jusqu’à nos jours. Il faut également rappeler que les détenteurs d’archives ont eux-mêmes pu montrer des réticences vis-à-vis des organismes officiels et des instituts d’archives. Il existe donc un réel danger que ces sources soient dispersées, laissées à l’abandon ou détruites.
La situation dans laquelle se trouve les archives de l’UDB a été examiné au cours d’un projet Européen exécuté en 2010 et 2011 par NISE sur toutes les archives des partis nationalistes et régionalistes rassemblés dans la European Free Alliance (EFA), le parti européen au sein du Parlement Européen.
Cette contribution propose de présenter le cas de l’UDB et de le figurer dans le cadre où les archives d’autres organisations et sociétés régionalistes en Bretagne et en France en général se trouvent. Ensuite une comparaison sera présentée avec la situation en Europe. Finalement, on proposera un ensemble de mesures spécifiques afin d’améliorer la situation.

 

3. Erwan Chartier, docteur en langues et civilisations régionales, CRBC : L’UDB et la question de la violence politique
Née en 1964, dans un contexte historique marqué par les luttes armées du Tiers-Monde et la décolonisation, l’UDB a rapidement été confrontée à des phénomènes de violence politique. Un Front de libération de la Bretagne (FLB) est créé en 1966, puis une Armée républicaine bretonne l’année suivante. L’UDB adopte une politique claire de condamnation de cette violence, y voyant un « avant gardisme » dangereux. Pourtant, lorsque les premières arrestations ont lieu en 1968-1969, on découvre que plusieurs militants clandestins appartiennent aussi à l’UDB. UDB comme FLB-ARB sont d’ailleurs en partie issus du MOB et apparaissent comme deux stratégies différentes d’évolution du nationalisme breton traditionnel.
Dès lors s’engage une relation complexe que cette communication s’efforcera de mettre en lumière. En effet, dans les années 1970, les attentats se multiplient. L’UDB les condamne, mais profite paradoxalement d’une certaine couverture médiatique due à l’action clandestine. A la fin des années 1970, le rejet très ferme de l’UDB de la violence politique est vêcue comme une trahison par une extrême-gauche indépendantiste, qui peine cependant à se structurer politiquement. En 1981, lorsque les prisonniers bretons sont libérés, très peu choisissent d’intégrer l’UDB. Cet antagonisme entre deux courants de la gauche bretonne va perdurer jusqu’aux années 2000. Elle a été parfois source de tensions très vives entre militants bretons de gauche. En restant sur une position ferme de condamnation de la violence politique, l’UDB a gagné en clarté, mais s’est sans doute privée d’un apport militant, certes remuant mais déterminé et imaginatif.
Moins actuelle depuis l’attentat de Quévert en 2000 et la disparition de l’ARB, la question de la violence politique paraît cependant avoir joué un rôle non négligeable dans l’évolution de l’UDB depuis 50 ans. Elle explique en grande partie le choix des alliances de l’UDB – voir son alignement sur des partis nationaux - comme son rapport au reste de l’Emsav, « le » mouvement breton.

 

4. Romain Pasquier, directeur de recherche au CNRS, CRAPE, IEP de Rennes : Régionalisme et compétition politique en France
Si le régionalisme contribue en France à stabiliser des récits et des appartenances territoriales différenciées, il rencontre davantage de difficultés à engager un rapport de force politique avec l’État central.
Contrairement à d’autres États européens, les partis régionalistes ou ethnorégionalistes, c’est-à-dire des partis qui s’identifient à des groupes ethniques et à un ancrage territorial [De Winter et Türsan, 1998 ; De Winter et al., 2006], n’y ont qu’une influence limitée, voire résiduelle. Pourtant, les modalités et les temporalités de politisation du régionalisme en France correspondent bien au modèle rokkanien du clivage centre/périphérie. La politisation du régionalisme s’opère en deux phases principales aux xixe et xxe siècles. À une première phase marquée par un régionalisme conservateur, rassemblant des réseaux notables dans la défense d’intérêts économiques et culturels périphériques, succède un régionalisme nationalitaire de gauche qui développe, à partir des années 1960-1970 un répertoire idéologique et organisationnel plus structuré, dans des espaces régionaux différenciés sur le plan culturel et linguistique (Bretagne, Corse, Occitanie). Cependant, ce régionalisme ne pèse que marginalement dans la compétition électorale sous la Cinquième République [Izquierdo et Pasquier, 2004]. Les règles de la compétition politique locale et nationale, ainsi que la construction identitaire des espaces régionaux, expliquent cette exception française.

 

5. Martin Siloret, doctorant en histoire, CERHIO, Université Rennes 2 : L’Union démocratique bretonne et l’écologie politique (années 1970 – années 1990)
À la fin des années 1970, l’Union démocratique bretonne (UDB) disputait au PSU le statut de troisième force de gauche en Bretagne ; une décennie plus tard, elle était nettement devancée par une nouvelle force politique dans le paysage breton, la Fédération écologiste bretonne (la FEB, composante régionale des Verts). Cette irruption (progressive) des écologistes, et leur proximité avec les autonomistes ces deux dernières décennies, conduisent à nous interroger sur la nature de leurs relations et tout particulièrement sur la réaction de l’Union démocratique bretonne face au développement des écologistes entre les années 1970 et les années 1980.
Au centre de la problématique que nous souhaitons traiter, figure l’évolution stratégique. Le soutien affirmé à l’Union de la gauche, puis la tentative de coalition des gauches bretonnes alternatives ayant échoué, l’UDB privilégia à la fin des années 1980 un rapprochement avec les Verts, cherchant à mettre fin à deux décennies de relations difficiles avec le mouvement écologiste. Nous faisons l’hypothèse que ces inflexions stratégiques, tout sauf anodines pour un parti minoritaire comme l’UDB, témoignent des tendances lourdes de l’évolution idéologique du parti. C’est pourquoi nous comptons articuler à cette étude de la stratégie de l’UDB vis-à-vis des écologistes, une analyse de plus long terme de son évolution idéologique, visant à identifier l’ampleur, les limites et les ressorts du rapprochement avec le mouvement écologiste au fil des années 1970 et 1980. Les questions de l’énergie nucléaire et de l’autonomie régionale, chevaux de bataille respectifs des écologistes et des autonomistes, feront l’objet d’une attention toute particulière.
Enfin, nous aborderons les relations entre Verts et UDB dans les années 1980 en tant que révélateur de clivages et de convergences entre deux cultures politiques différentes. Ainsi nous espérons que le détour par l’UDB sera heuristique quant à l’étude de la culture politique des écologistes bretons et de ses variations dans le temps et l’espace.
La communication s’appuiera sur différents types de sources. Une analyse du Peuple Breton ainsi que de diverses publications écologistes dans les années 1970 et 1980, déjà bien entamée, nourrira l’approche de l’idéologie et de la stratégie de l’UDB, ainsi que l’attitude des écologistes à son égard. La presse quotidienne régionale généraliste apportera des éléments factuels complémentaires. Quant aux sources orales, les entretiens avec les acteurs et témoins, « udébistes » comme écologistes, contribueront à éclairer les représentations réciproques prévalant dans les deux familles politiques.

 

6. Carlo Pala, docteur en science politique, Université de Cagliari : Sardaigne et Bretagne, UDB et PSdAZ : deux façons différentes de modifier la polity ethno-régionale
La littérature de science politique sur les partis ethno-régionalistes reste encore très ancrée aux partis majeurs, sinon aux partis que, presque régulièrement, gouvernent la Région où sont ici présents dans ses institutions. Et pourtant, le « squelette » principal de la famille des partis en question, en Europe, est constitué par des formation assez différentes entre eux, la plus parte d’elles visantes à garantir sa propre survivance dans le système partisan régional. On peut dire, de tout façon, que les partis ethno-régionalistes européens vont consolider leur position par rapport aux préférences des électeurs, même pour ces petits partis politiques. Les caractéristiques qui peuvent être reconnues comme propres aux partis régionalistes, sont pour la plus parte relevables au niveau de partis ethno-régionalistes mineurs. Dans cette perspective analytique, cette contribution mire comparer deux partis, tant (presque) méconnus dans la littérature qu’importants d’un point de vue scientifique : l’UDB en Bretagne et le PSdAZ (Parti Sarde d’Action) pour la Sardaigne. A partir de leur structure d’organisation, définissable collégiale (UDB) et leaderistique (PSdAZ), les motivations d’un différente façon d’entendre la vie politique sont encore plus nombreuses. Sur le plan de trois dimensions de vote, office et policy-seeking, en outre, on peut voir diverses manières de vivre la militance des inscrits : recherche de charges internes au parti (plus pour l’UDB que pour le PSdAZ), dans celle qu’on peut nommer comme office-seeking infrapartisan, ou sinon dans les institutions régionales et locales (comme pour le PSdAZ) ; les similaires visions stratégiques par rapport au vote-seeking (le tentative d’être déterminants pour les futures alliances de gauche en Bretagne et d’un perspective politique plus ample en Sardaigne) ; les différentes visions pour le changement de la polity régionale (plus indépendantiste le PSdAZ, même si parfois non conséquente au niveau d’alliances avec d’autres forces politiques, et plus autonomiste, voir fédéraliste, l’UDB) ; ou sinon, pour l’aspect de policy, un approche, par les militants de deux partis et par le projet politique, dans ses grandes lignes, plus matérialiste (pour le PSdAZ et la dimension économique de la Sardaigne) ou plus post-matérialiste (pour l’UDB et son engagement sur la culture bretonne). But de cette contribution c’est de esquisser une comparaison entre deux partis de deux régions similaires sur le point de vue du potentiel ethno-identitaire et du clivage centre-périphérique, mais diverses pour conception du rôle du Parti dans la société régionale.

 

7. François Prigent, docteur en histoire, professeur agrégé, membre du CERHIO : L’UDB et les réseaux socialistes
Ma communication pour le colloque sur l’UDB se propose d’analyser les relations entre l’UBD et les socialismes bretons. L’idée est tout d’abord de resituer l’évolution de la pensée des socialistes face aux questions culturelles du rapport à l’identité régionale bretonne, un champ d’investigation à creuser, délaissé par l’historiographie. Surtout, le projet consiste à saisir la complexité des relations entre l’UDB et la gauche socialiste avant 1981, à la fois en insistant sur les différentes recompositions/évolutions qui ont lieu dans les milieux militants avant la fondation de l’UDB, mais également en comprenant la part des liens PSU/UDB et l’évolution des rapports entre le nouveau socialisme version PS et l’UDB au plan électorale. Enfin, en se fondant sur une analyse de trajectoires militantes, le but est de mettre à jour, depuis les années 1980, les passerelles UDB/PS, dans toutes leurs complexités, à partir des cas des figures d’élus : Ronan Leprohon, Yvon Abiven, Loïc Cauret, Joël Le Jeune, Jean David, Didier Le Buhan, voire Bertrand Frélaut et Marc Andro.

 

8. Jean-Jacques Monnier, Docteur d'Etat en géographie humaine, membre associé du CRAPE : Le rôle de la mouvance UDB dans le mouvement de décentralisation administrative et culturelle (1964-1986)
En 1964, la régionalisation est inexistante du fait de la centralisation. Sa remise en cause suppose l’émergence d’une gauche régionaliste ou fédéraliste. L’UDB  participe en Bretagne comme au niveau français à un réseau d’intellectuels décentralisateurs et progressistes liés entre eux malgré la diversité de leurs choix partisans. On y rencontre les jeunes de l’UDB qui veulent sortir du ghetto, des éléments du PSU, le groupe Ar Falz lié à d’autres mouvements culturels périphériques, le Club breton- les Bonnets rouges à Paris, où passent de futurs leaders socialistes, puis le Club Bretagne et démocratie de M. Phlipponneau. Tous participent aux colloques de la “nouvelle gauche”,  essaient de peser sur les engagements des centrales syndicales et des candidats aux présidentielles. En parallèle, ce réseau produit une thématique des minorités nationales concrétisée par la parution d’un n° spécial des Temps modernes,  dont Yves Person est la cheville ouvrière (1973). Après la victoire d’une gauche dynamisée par le choix autogestionnaire et l’idée régionale, des résultats significatifs sont obtenus sur le plan culturel grâce à un lobbying intense.  Mais la préférence présidentielle pour le département limite la décentralisation.

 

9. Cédric Choplin, docteur en breton et celtique, professeur certifié de breton et d’histoire-géographie, membre du CRBC : Auteurs bretonnants engagés et compagnons de route de l’UDB
Bien que l’UDB utilise surtout le français comme langue de communication externe et interne, et ce pour des raisons évidentes de capacité et de commodité ; cette organisation politique a toujours fait de la langue bretonne une revendication politique première et a, tôt dans son histoire, donné une opportunité d’expression aux bretonnants qui en font partie ou en sont proches. C’est dans cet état d’esprit qu’a été créé, à côté du Peuple Breton, Pobl Vreizh en 1970. Intégré dans la maquette du Peuple breton depuis 1984, Pobl Vreizh, offre chaque mois, de quatre à huit pages d’articles monolingues aux lecteurs. Loin d’être un pâle résumé en breton des articles en français du Peuple breton, Pobl Vreizh apparaît très autonome au sein de la publication dont il est le sous-titre. Servi par des plumes de talent comme celles de Fañch Morvannoù et Fañch Peru parmi bien d’autres, Pobl Vreizh se montre d’une remarquable diversité de formes, d’auteurs, d’inspirations et de thématiques.
En quoi consiste donc cette remarquable diversité ? Dans quelle mesure peut-on dire que Pobl Vreizh a contribué et contribue toujours aux lettres bretonnes de ces quatre dernières décennies ?
Cette communication devra donc, dans un premier temps, retracer l’histoire de Pobl Vreizh en s’intéressant à l’évolution de son format, de sa direction. Nous tâcherons de dresser une typologie des collaborateurs réguliers et occasionnels par un dépouillement systématique. Nous aborderons dans cette partie des questions comme celle de l’orthographe qui ont pu, ou non, fragiliser la cohésion des équipes.
Dans un second temps, nous nous intéresserons à la nature des écrits publiés (articles de fond ou d’opinion, poésie, nouvelles brèves ou feuilletons...) et étudierons la manière dont la variété de ces différents types de textes contribue autant à divertir le lecteur qu’à tisser le lien entre littérature et engagement politique.
Ce dernier axe nous mènera à mettre en évidence les thématiques dominantes qui se sont faites jour tout au long de l’histoire de Pobl Vreizh, qu’elles soient mondiales (décolonisation, capitalisme, écologie...) ou plus spécifiquement bretonnes. Nous chercherons à déterminer l’importance de l’originalité, si originalité il y a, du traitement de ces thématiques par les auteurs.

 

10. Lontzi Amado, docteur en sciences politiques, Centre Émile Durkheim, IEP de Bordeaux : Au-delà du mimétisme régionaliste : étude comparative entre l’Union Démocratique Bretonne et Abertzaleen Batasuna et leurs espaces de mouvements sociaux
Représentant historique de la gauche autonomiste bretonne, l’UDB a souvent été comparée, de par sa longévité et son histoire, à d’autres partis régionalistes tels que le PNV, ERC, BNG, Plaid Cymru ou Sinn Fein. Ces études comparatives étudient pour la plupart l’histoire du mouvement breton et l’évolution historique de l’idéologie de l’UDB, soulignant ainsi sa capacité à s’adapter à l’air du temps de manière pragmatique. Si il existe des similitudes avec les partis comparés, il nous semble plus intéressant de tenter une étude comparatiste avec des partis et mouvements sociaux régionalistes de France. Ainsi, il nous semble intéressant de tenter une comparaison entre l’UDB et le parti autonomiste basque Abertzaleen Batasuna (AB) et plus particulièrement entre les espaces des mouvements sociaux de ces partis politiques (regroupant le mouvement culturel, syndical…).

Ces mouvements ayant suivi des trajectoires idéologiques semblables mais non identiques, il nous parait intéressant de comparer tant leur évolution historique que les causes pouvant faire dévier les stratégies des partis politiques UDB et AB ainsi que leurs espaces de mouvements sociaux. Nous proposons de montrer combien les stratégies des organisations des mouvements sociaux régionalistes conditionnent autant la stratégie des partis politiques que les rythmes politiques et échéances électorales.

 

11. Mannaig Thomas, Maitre de conférence de Breton à l’UBO, CRBC, La poésie engagée - enragée des écrivains de l’UDB (1967-1974)
« Kelennadurezh an Arz evit an Arz a zo un touell. Un touell eo, ivez, krediñ e c’heller sevel gwerzennoù war ar Frankiz, gant e revr en e aes e-barzh ur gador-vrec’h. » [La doctrine de l’art pour l’art est une illusion. C’est aussi une illusion de croire que l’on peut écrire des vers sur la liberté, les fesses bien calées dans un fauteuil]. Au moment où, en littérature française, les auteurs du Nouveau Roman, Alain Robbe-Grillet en tête, promeuvent un art détaché des contingences historiques ou politiques et revendiquent sa gratuité(1), Yann-Bêr Piriou attribue à la littérature bretonne une fonction radicalement différente : les écrivains doivent s’engager et la littérature doit être un moyen au service d’une cause. Ainsi, en breton ou en français (2), par le théâtre mais surtout par la poésie, certains auteurs adhérents ou proches de l’UDB contribuent-ils à défendre et expliquer les prises de positions du parti dans les années 1970. En dehors du champ politique et en adoptant une rhétorique spécifique, Paol Keineg (Le poème du pays qui a faim, 1967), Erwan Evenou (‘Benn goulou deiz, 1972) ou encore Yann-Bêr Piriou (Ar mallozhioù ruz, 1974), par exemple, font le choix d’exprimer leur engagement par la poésie.
Cette communication tâchera d’expliquer ce que la littérature a pu apporter – de plus ou de différent – aux prises de positions de l’UDB. Un exemple : quand les vers des poètes deviennent slogans, ils frappent les esprits, donc réunissent les militants autour d’une question emblématique et, enfin, font connaître au public les problématiques posées par le parti. On peut penser, notamment, à la popularité de la formule Défense de cracher par terre et de parler breton (3), titre de l’anthologie de poèmes en breton et en français publiée par Yann-Bêr Piriou. Plus largement : bien que dominé dans le champ politique, on peut s’interroger sur le capital symbolique (4)qu’apportent ces poètes à l’UDB. A l’image d’Aragon défendant le parti communiste, dans quelle mesure la renommée d’un poète et dramaturge comme Paol Keineg à l’intérieur du champ littéraire (5) contribue-t-elle à améliorer la reconnaissance du parti à l’intérieur du champ politique ? Mais l’association entre littérature et engagement trouve parfois ses limites et la dépendance trop étroite de l’un envers l’autre peut les desservir tous les deux. Manier des notions historiques ou politiques telles que le colonialisme ou la déportation, tout en recherchant la comparaison la plus frappante ou la métaphore la plus évocatrice, tourne parfois à la caricature. D’un autre point de vue, faire de la littérature un moyen au service d’une cause, c’est aussi prendre le risque de l’obsolescence.


Corpus provisoire :
Paol Keineg, Le poème du pays qui a faim, 1967.
Paol Keineg, Hommes liges des talus en transes, 1969.
Yann-Bêr Piriou, Défense de cracher par terre et de parler breton, 1971.
Paol Keineg, Chroniques et croquis des villages verrouillés, comprenant en édition bilingue Barzhonegoùtrakt, 1971.
Erwan Evenou, ‘Benn goulou deiz, 1972.

Yann-Bêr Piriou, Ar mallozhioù ruz, 1974.

 

(1) Gisèle SAPIRO, « Les formes de l’engagement dans le champ littéraire », dans Jean Kempfer, Sonya Florey, Jérôme Meizoz (dir.), Les formes de l’engagement littéraire (XVe-XXIe siècles), Lausanne, Antipodes, 2006, p. 126.

(2) Nelly WOLF, « L’engagement dans la langue », dans Les formes de l’engagement littéraire, ibidem, p. 131-141.

(3) Fañch BROUDIC, « Il est interdit de cracher par terre et de parler breton », Bulletin de la société archéologique du Finistère, tome CXXX, 2001

(4) Pierre BOURDIEU, Choses dites, Paris, Seuil, 1994, p. 161.

(5) Pierre BOURDIEU, « Le champ littéraire », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 89, 1991, p. 3-46.

 

12. Michel Nicolas, professeur de langues et civilisations régionales, Université Rennes 2 : L’UDB, ou le résistible dépassement du syndrome de Cassandre

On se souvient de Cassandre (Kassandra), cette princesse qui, dans la mythologie grecque, reçut le don de prédire l’avenir, mais fut condamnée à ne jamais être crue. Sous ce rapport, comment ne pas évoquer l’UDB qui, depuis 1964, a annoncé bien des situations dans lesquelles la Bretagne allait se trouver impliquée ? Pourtant ses analyses, ses prédictions et ses propositions ont toujours fait l’objet de suspicions de la part de ceux-là mêmes qui les reprendraient à leur compte un peu plus tard. Cela est notamment vrai des analyses sur le rôle historique de l’État. Les premiers développements des revendications nationalitaires en France s’inscrivent dans le cadre d’un État-nation qui, au XIXe siècle, continue à se prévaloir d’un rôle « historique» : réaliser l’unité du pays et incarner « la modernité ». Mais les années 1960 et 1970 correspondent à une érosion de la légitimité des État-nations pour des raisons endogènes et aussi du fait de l’intégration croissante dans l’Europe communautaire et dans la mondialisation. C’est le moment où se produit une sorte de « novation» des mouvements nationalitaires dans laquelle l’UDB se trouve impliquée.

 

13. Tudi Kernalegenn, docteur en science politique, CRAPE, IEP de Rennes : Régions et Peuples Solidaires, un parti pour les minorités ?
Dès sa création, l’Union Démocratique Bretonne a travaillé à établir des contacts avec d’autres partis similaires, en France et en Europe, même s’il faut attendre les années 1980 pour qu’elle s’inscrive de manière pérenne dans des réseaux internationaux. Le parti adhère à l’Alliance Libre Européenne en 1987 et participe à créer la Fédération régions et peuples solidaires en 1994.
L’objet de cette communication sera d’éclairer la place de l’UDB dans l’ensemble politique français en analysant cet objet politique méconnu qu’est R&PS (qui n’a fait l’objet d’aucun travail scientifique à ce jour à notre connaissance). Faisant cohabiter une dizaine de partis autonomistes et régionalistes de France métropolitaine, il s’agira de comprendre la construction historique de cette structure, ce qui la fait tenir aujourd’hui, son rôle vis-à-vis des partis membres mais aussi de l’externe (et tout particulièrement ses relations avec Les Verts/EELV, avec lesquels ils sont en alliance), le contenu de son éventuel travail politique, etc. Quelle est la cohérence politique d’un tel assemblage ? Y a-t-il un paradigme idéologique ethno-régionaliste qui transcenderait l’axe traditionnel gauche-droite ? Quels intérêts sont portés par les deux parlementaires de R&PS, François Alfonsi et Paul Molac ?

 

14. Gilles Simon, docteur en science politique, CRAPE : La subversion des catégories d’un parti politique : le cas de l’UDB face à la nouvelle question de l’atome civil (1974-1981)
A partir de 1974, dans le cadre du « programme nucléaire français », les promoteurs de l’atome civil (Etat, EDF, élus territoriaux) ont lancé un projet de centrale nucléaire de 5200 mégawatts en Bretagne.
L’opposition à ce projet était constituée de groupes hétérogènes, associés de façon souvent ambiguë. Parmi ces opposants à l’atome figuraient les militants de l’UDB dont la présence étaient fortes dans les mouvements sociaux. Mais ceux-ci ont souvent été critiqués par les opposants à cause de la tiédeur de leur engagement. En effet, dans les premiers temps de l’opposition, l’UDB a éprouvé des difficultés à construire une position claire à propos d’une nouvelle question qui bousculait ses catégories politiques. Les catégories mobilisées par l’UDB dans son travail politique (défense des intérêts de la classe laborieuse, logique marxiste de développement des forces productives, autonomie de la Bretagne, etc.) sont entrées en contradiction au moment où elles ont été confrontées à la nouvelle question de l’atome civil. Ce sont aussi toutes les nouvelles questions posées par l’écologie politique qui venaient subvertir les schèmes politiques de l’UDB. Il y avait là un paradoxe fort pour un parti politique, sorte de « PSU breton », qui était réputé pour sa capacité à amener de nouvelles questions dans le champ politique régional.
Des facteurs peut expliquer cette difficulté de l’UDB. Positionnée à gauche, l’UDB défendait des positions proches des instances du PCF (accès des travailleurs à l’électricité, créations d’emplois, etc.), instances qui n’avaient pas d’opposition de principe à l’utilisation de l’atome civil. De plus, l’UDB comprenait mal la portée politique d’un mouvement antinucléaire qui associait des groupes sociaux hétérogènes. La promotion par l’UDB de l’autonomie de la Bretagne n’entrait pas en résonance avec sa tolérance implicite à l’égard d’un programme nucléaire qui était développé dans une logique d’indépendance nationale de la France.
En interne, l’UDB étant une « union », différentes mouvances s’opposaient sur la question de l’atome civil. A partir de 1980, la réussite symbolique de la mobilisation de Plogoff  a conduit l’UDB à se ranger de façon claire dans le camp des opposants. Mais cette position finale ne doit pas masquer les chemins tortueux qui furent emprunté pour y accéder.
Cette communication cherchera à montrer comment l’émergence de nouvelles questions politiques peut subvertir les catégories d’un travail politique. L’endiguement de ces nouvelles questions par le parti politique le conduit à actualiser son corpus de catégories, mais avec parfois le maintien de tensions sur le long terme.
Cette communication s’appuiera sur des données (entretiens, dépouillement du Peuple breton) collectées dans le cadre d’une thèse de science politique sur le mouvement antinucléaire en Basse-Bretagne (1974-1986), thèse soutenue à l’IEP Rennes en décembre 2008. Elle bénéficiera aussi d’entretiens supplémentaires réalisées depuis dans le cadre de nouvelles recherches sur le mouvement antinucléaire (notamment entretien avec une élue UDB de la région quimpéroise).

 

15. Vincent Porhel, maître de conférence en histoire, Université de Lyon I – IUFM, LARHRA : L’Union démocratique bretonne et les luttes sociales : un rendez-vous manqué ?
Vivier de militants, l’UDB a irrigué l’espace contestataire des années 68. Prenant ses distances tant avec le parti communiste qu’avec la dimension la plus réactionnaire de l’autonomisme breton, elle a connu une réelle visibilité au sein des luttes sociales qui marquent la période dans la foulée d’un intérêt croissant pour les thèses de la nouvelle gauche de la part des militants. Pour autant malgré de réelles implantations d’usines, l’UDB peine à apparaître comme réellement fédératrice  des aspirations sociétales. C’est bien à un mystère qu’entreprend de s’intéresser la présente communication à partir de sources diverses où la dynamique mémorielle des acteurs rejoint les interrogations contemporaines des événements.

 

16. Jean Guiffan, professeur d'histoire à la retraite, Nantes : L'UDB et les élections municipales.

L’UDB apparaît pour la première fois dans des élections municipales en 1965, juste un an après sa naissance, mais il faut attendre 1971 et plus encore 1977 pour qu’elle commence à se faire une petite place dans des listes d’union de la gauche. Avec quelque 200 candidats en 2008 et près de 80 élus, l’UDB est désormais partie prenante dans la vie municipale d’un certain nombre de communes bretonnes, principalement dans les grandes villes. Cette entrée électorale de l’UDB dans les élections municipales a été difficile : il lui a fallu souvent se battre pour que les grands partis de la gauche hexagonale daignent lui accorder une petite représentation, à tel point que l’UDB a dû constituer à plusieurs reprises des listes autonomes. Il convient de voir dans quelle mesure les faibles résultats électoraux de l’UDB aux élections législatives et cantonales ne la desservent pas dans la constitution des listes d’union de la gauche. Est-ce aussi la raison pour laquelle certains de ses élus ont préféré poursuivre leur carrière politique en adhérant au parti socialiste ? Et si l’UDB se félicite à juste titre de certains succès remportés dans des petites communes, sont-ils dus essentiellement au programme politique du parti ou à la notoriété locale de ses candidats ? Il importe aussi d’analyser si la crise du parti dans les années 1980-1990 puis les nouvelles stratégies d’alliances, notamment avec les Verts, ont eu des incidences sur les élections municipales. À l’heure où commencent les négociations pour la nouvelle échéance électorale, l’UDB aura sans doute fort à faire pour avoir une juste place entre les positions divergentes du PS et des Verts sur des points importants comme la réunification de la Bretagne et l’aéroport de Notre-dame-des-Landes.

 

 

 

Comité Scientifique

 

Christian Bougeard, Professeur d’Histoire, Université de Bretagne Occidentale, CRBC

Alistair Cole, Professeur de Politiques Européennes, Université de Cardiff

Lieven de Winter, Professeur de Science Politique, Université Catholique de Louvain

Julien Fretel, Professeur de Science Politique, Université de Picardie, CERAPS

Ronan Le Coadic, Professeur de Sociologie, Université de Rennes 2, CRBC

Michel Nicolas, Professeur de Science Politique, Université de Rennes 2, CRBC

Gilles Richard, Professeur d’Histoire, IEP de Rennes, CRAPE

Jacqueline Sainclivier, Professeure d’Histoire, Université de Rennes 2, CERHIO

 

Comité d'Organisation

 

Tudi Kernalegenn, docteur en Science Politique, IEP de Rennes, CRAPE

Romain Pasquier, Directeur de recherche au CNRS, IEP de Rennes, CRAPE

 

 

INSCRIPTION:

 

Les inscriptions au colloque se font par:

 

  • Courrier: télécharger le bulletin d'inscription ci dessus et renvoyer le avant le 28 mars 2013 à

Adresse: CRAPE IEP

Monsieur Brice NOËL

104 bd de la Duchesse Anne

35700 RENNES

  • Mail: télécharger le bulletin d'inscription ci dessus et renvoyer le avant le 28 mars 2013 à

Adresse: brice.noel@sciencespo-rennes.fr

 

 

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Brice NOËL

02 99 84 39 03

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Sciences Po Rennes

104 Bd de la duchesse Anne

35700 Rennes

 

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De la Gare :

- Ligne 1 : Direction Chêne Germain et descendre à l’arrêt Rennes-Guéhenno

 

Arrêt de bus et métro les plus proches:

 

Métro Ligne 1, descendre à Ste Anne (15 min à pied pour rejoindre l'IEP)

Ligne 5, 51, 71 et 151, descendre à l'arrêt Jules Ferry

Ligne 1, 9 et 31, descendre à l'arrêt Guehenno

 

En voiture:

 

De Paris : de l'A81, rejoindre la N 136 en suivant “BREST-ROCADE EST- CESSON CENTRE”. Prendre la sortie N15 direction “BEAULIEU-BETTON-RENNES CENTRE”. Suivez la N12 en prenant la 1ère à droite au rond point et entrez dans Rennes. Continuer sur la rue de Fougères en passant le rond point des Gayeules. Au 4e feu, prenez à droite le boulevard de la Duchesse Anne. Plan

 

 

 

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